Par Ruben Saillens (Croire et Servir) (Réalités de la
Foi 1992.03)
«Le célèbre ténor Caruso, qui était alors à New-York,
se présenta un jour dans une banque de cette ville pour encaisser un
chèque. La somme étant assez élevée, le payeur lui réclama des pièces
d’identité et se montrait d’autant plus exigeant qu’il était allé entendre
le chanteur et ne le connaissait pas sous ses habits de ville.
Caruso avait vidé son portefeuille et exhibé toutes les enveloppes de
lettres, sans parvenir à convaincre le méfiant caissier. Tout à coup, il
lui vint une idée: il entonna un air de la Tosca et, du coup, la
conviction fut faite. Le chèque fut payé illico, tandis que les
applaudissements frénétiques éclataient à tous les guichets de la
banque…»
Ce simple fait divers à fait naître en nous quelques
réflexions. L’identité d’un homme peut donc se prouver de deux manières:
ou par des évidences extérieures (certificats, passeports, etc.), ou par
des évidences d’un ordre différent, plus subtiles à discerner, mais
aussi sûres et certaines pour celui qui sait les reconnaître. On peut
voler les papiers d’un chanteur de talent et se faire passer pour
lui. Mais on ne peut lui voler sa voix. Ayez tous les papiers de
Caruso, sans sa voix, je vous tiendrai pour un imposteur; ayez sa
voix, et je vous tiens quitte de tous les papiers. Appliquez
ce principe au plus grand de tous les problèmes : celui de la vérité
religieuse.
Voici un homme qui se présente à nous, à travers
dix-neuf siècles, comme la Révélation parfaite de Dieu, la voix de la
justice et de l’amour éternel. Quelle preuve nous faudra-t-il pour être
convaincus que cet homme est vraiment le Fils de Dieu, venu sur la terre
pour sauver le monde?
Des savants – philosophes, théologiens et autres –
armés de lourdes besicles, examinent minutieusement les documents qui
contiennent l’histoire de Jésus-Christ et les prophéties qui le
concernent, et nous disent sur un ton pédant: «Ces preuves ne nous
suffisent pas. Elles peuvent avoir été forgées. Tous ces papiers sont
admirables et bien en règle, mais qui sait s’ils sont authentiques?»
Et voilà le pauvre peuple, troublé par ces prétendus sages, qui commencent
à se demander si Jésus-Christ est vraiment celui qui devait venir, ou
s’il lui faudra en attendre un autre. Car le peuple attend toujours
son Messie! Les savants peuvent, un moment, le détourner du
véritable libérateur, mais ils ne peuvent pas l’empêcher d’en avoir
un, d’en vouloir un à tout prix! Eh bien! Pauvre peuple, à quoi
pourras-tu connaître si celui-ci est véritablement celui que Dieu
t’envoie? Écoute-le! Le conseil nous vient d’en haut, il nous vient
de Dieu lui-même! Dieu aurait s’imposer par des évidences extérieures; il
aurait pu nous contraindre à reconnaître son Fils comme notre roi en
l’entourant de tous les signes visibles de la puissance et de la gloire.
Mais non! En le présentant au monde, il le montre dépouillé de toute
grandeur surnaturelle; il ne lui est rien resté de céleste… que
sa voix!
Mais sa parole, c’est lui-même; toute sa vie, toute sa
mort, sa résurrection. Il était la Parole auprès de Dieu dans le ciel; il
est la Parole de Dieu sur la terre. Il n’a ni sceptre, ni couronne,
ni ange pour le servir! Il parle, et quand on l’écoute avec un cœur bien
disposé, avec une conscience ouverte, avec un esprit droit, on
reconnaît dans ses paroles l’accent de la vérité éternelle. On ne
dédaigne pas les autres preuves, certes; mais elles deviennent
secondaires; on croit en lui parce qu’on l’a entendu soi-même et non
seulement parce que d’autres l’ont entendu. Imaginez cependant que le
caissier eût été sourd. C’est en vain que Caruso aurait déployé tout
le prestige de sa voix; l’homme du guichet aurait dit: «Vous chantez,
j’en suis fort aise, mais cela ne suffit pas. Il me faut des papiers,
dûment timbrés et paraphés!»
Pauvres sourds, qui ne savent pas
entendre et reconnaître la voix de Dieu dans les Écritures et à qui
il faut d’autres preuves pour qu’ils daignent croire en la divinité de
Jésus-Christ! Ce qui est vrai pour le maître l’est aussi, à un degré
différent, pour les disciples. A quoi reconnaît-on le véritable chrétien?
À son certificat de baptême ou de première communion? Il est trop facile de se
procurer de tels certificats sans l’ombre d’une profession de foi! On
reconnaît le vrai chrétien à sa voix: je veux dire au témoignage de
sa vie. Quand la parole n’est pas seulement le discours, c’est tout ce qui
s’exhale de l’homme qui le révèle au dehors. Chante donc, chrétien,
par ta vie entière, l’hymne de la grâce, de la foi et de l’amour!
Chante quand d’autres hurlent, ou blasphèment, ou pleurent. Chante
humblement mais joyeusement, la louange de ton Rédempteur.
Que ta vie
soit un cantique, comme celle de la fleur et de l’oiseau, mais avec
toute la conscience d’un esprit libre et toute l’humilité d’un cœur
repentant. C’est à cela que les hommes – ceux qui ont des oreilles
pour entendre – reconnaîtront l’authenticité de la foi et, après t’avoir
entendu, ils voudront aller plus haut, jusqu’à Celui qui est ton
Maître et qui seul a chanté l’hymne parfait de la Vérité, de la Justice et
de l’Amour!
